Pérégrinations d'un journaliste

reportages et réflexions

06 mars 2008

"L’Afrique subsaharienne est riche !"

MinistreCongoEntretien avec Bruno ITOUA, ministre de l’Energie de la République du Congo-Brazaville

(Article paru dans le journal BIP N°10976 le mercredi 21 novembre 2007)

C’est ce que ne craint pas d’affirmer Bruno Itoua, ministre de l’Energie du Congo-Brazzaville. Intervenu lors de la deuxième journée du 6ème Sommet de l’Energie et du développement durable en Afrique, qui se tenait récemment à Dakar à l’initiative des autorités du Sénégal et de l’Institut Français du Pétrole, Bruno Itoua revient ici sur le contexte énergétique de l’Afrique - évoquant notamment les problèmes liés au raffinage - à un moment où les économies africaines subissent de plein fouet le choc pétrolier.

BIP. Que manque-t-il aujourd’hui à l’Afrique pour développer l’accès à l’énergie sur tout le continent ?

Bruno Itoua. L’énergie est l’un des rares domaines où l’Afrique dispose de ressources : nous avons le pétrole, le gaz, le charbon, un potentiel hydroélectrique, le soleil, du vent, nous pouvons faire des biocarburants, de la biomasse, nous avons même de l’uranium. L’Afrique doit rapidement mettre en place une vraie politique de l’énergie. Des choses peuvent être assumées par les initiatives privées comme l’exploitation, et d’autres choses par les Etats, comme le transport. Il faut au plus vite les identifier, s’organiser et mobiliser les ressources. L’Afrique doit faire preuve d’innovation et éviter les sentiers battus. Si elle décide de faire du nucléaire, il faut que le choix soit dicté par une analyse qui montre que les autres énergies sont trop chères, et ne pas retomber dans les phénomènes de mode. L’Afrique doit se déterminer très clairement sur les ressources hydroélectriques, sur le solaire. Ce n’est pas compréhensible que l’Afrique ne soit pas motrice dans l’énergie solaire. C’est très clairement la ressource la plus adaptée pour les zones rurales et l’accès aux services sociaux de base. Il est étonnant que les pays du Nord apparaissent comme les leaders dans ce domaine, cela n’a pas de sens. Il faut que l’Afrique se détermine également dans le partage des ressources énergétiques : c’est vrai pour l’électricité, à travers les interconnexions, c’est vrai aussi pour le pétrole. Quand l’Afrique aura résolu ses problèmes énergétiques, elle aura résolu 80 % de ses problèmes pour l’avenir. Il faut que dans les dix ans, on sache où l’on va, et nous serons plus crédibles auprès des bailleurs de fonds.

BIP. Quel doit être le rôle des Etats ?

Bruno Itoua. Des pays africains ont tenté des privatisations stéréotypées, la cession complète des actifs et des activités au secteur privé. Les expériences passées ont montré que les investissements nécessaires dans le domaine des infrastructures de base, y compris l’énergie, ne peuvent être assumés par le secteur privé car il n’y a pas, en face de ces investissements, un marché et une rentabilité nécessaire. Le plus gros problème que nous avons à régler est le financement des infrastructures les plus lourdes. Et leur coût est encore extrêmement élevé. Quand on parle des raffineries, il faut imaginer des infrastructures de stockage, de transport, peut-être des pipelines... Tous ces investissements doivent malheureusement être encore à la charge des Etats. Ce qui veut dire que le périmètre des partenariats publics-privés (PPP), la répartition des rôles, va dépendre des spécificités de chaque pays, de l’état de développement du pays, du niveau de vie de ses habitants... On ne peut pas fixer une limite qui soit universelle sur l’ensemble du territoire africain. Le discours que tient aujourd’hui la Banque Mondiale va dans ce sens. Chaque pays doit donc analyser sa situation économique et sociale et définir le meilleur compromis dans le cadre du PPP. Selon moi, les investissements les plus lourds doivent être pris en charge par les Etats, grâce à l’aide au développement. En revanche, pour tout ce qui concerne les activités les plus commerciales, si l’Etat admet que les capacités du marché national sont faibles, il doit accepter de les déléguer au secteur privé. Mais il faut des obligations de résultat, de vrais contrats de performance, et non pas un chèque en blanc où on se rend compte dix ans après qu’il n’y a eu aucun investissement... 

BIP. L’accès à l’énergie est très inégal entre, d’un côté, l’Afrique du Nord et l’Afrique Australe, et de l’autre, l’Afrique subsaharienne, très en retard. Quelles en sont les causes ?

Bruno Itoua. La première raison est le manque de stabilité. L’Afrique du Nord et l’Afrique Australe ont été bien plus stables que l’Afrique subsaharienne. Ensuite, il faut avoir une bonne vision, une volonté de lutter contre tout ce qui empêche le développement, comme la corruption. Il faut également avoir les compétences humaines : avant les conflits, nous n’avions pas à rougir. La stabilité est donc le terreau du développement. La preuve en est avec la Côte d’Ivoire : tant que le pays était stable, il avait des longueurs d’avance sur les autres. Comment développer un pays qui, cycliquement, connaît des guerres, des coups d’Etat ? Dans notre pays, nous n’avons pas encore fini de redonner à l’administration le niveau qu’elle avait. Nous avions un taux de scolarisation de 99 %, aujourd’hui, on peine à dépasser les 70%! Il faut rebâtir une nation. Dans ce contexte, comment faire revenir les privés ? Le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, décollent grâce à la stabilité. Le problème n’est pas la ressource, car l’Afrique subsaharienne est riche ! 

BIP. Quelle est votre opinion concernant la fermeture éventuelle de raffineries en Afrique alors que le continent en manque ?

Bruno Itoua. Nous devons avoir une démarche de globalisation des intérêts africains. A partir du moment où l’on adopte une démarche intégrée, économique, les décisions apparaissent d’elles-mêmes. S’il faut agrandir ou fermer une raffinerie, tout le monde doit l’accepter. Le nationalisme primaire qui fait que tout le monde veut sa raffinerie doit tomber et laisser la place à un réalisme économique. Par ailleurs, nous ne sommes ni en Europe ni en Amérique du Nord mais en Afrique. A partir du moment où nous avons encore un niveau de pauvreté très important, un niveau de vie très bas, que l’accès aux services sociaux de base fait encore partie des objectifs à atteindre, nous devons en tenir compte. C’est pour cela qu’une stratégie africaine de développement du raffinage, qui tient compte de ces réalités, est certainement la plus adaptée, plutôt qu’une stratégie imposée par les autres. Ainsi, il est inimaginable que l’Afrique accepte une libéralisation sauvage de l’énergie, la dérégulation des produits pétroliers. Cela voudrait dire un renforcement de la pauvreté. Il faut la mise en place de mécanismes de révision des prix, semi-contrôlés. Peut-être faut-il garder l’intervention des Etats, notamment pour les investissements. Il est inconcevable que des raffineries qui ne gagnent pas d’argent fassent les investissements nécessaires, notamment dans le cadre d’un renforcement de capacité, d’accès aux technologies de pointes pour atteindre des niveaux plus importants de conversion... Tout cela doit faire partie d’une analyse globale, tenant compte de ce que 50 % de la population vit avec moins d’un euro par jour. Il n’est pas concevable d’appliquer les schémas libéraux tels qu’on les connaît en Occident. 

BIP. Quelle est la solution pour les rendre aussi compétitives que les raffineries occidentales ?

Bruno Itoua. La différence entre les raffineries africaines et les raffineries occidentales est principalement la taille. Il faut une capacité de production importante, et, derrière, un marché. L’internationalisation des marchés peut, en ce sens, être un avantage. La solution pour l’Afrique est de faire des business plans, au niveau du continent ou des sous-régions, afin de faire des choix : augmenter la taille de certaines raffineries, décision motivée par la capacité de s’approvisionner en brut, par les compétences humaines disponibles, etc. Il faut imaginer des décisions stratégiques de rassemblement. Par exemple, au lieu d’investir dans des raffineries nigérianes qui posent aujourd’hui des problèmes, peut-être que le pays, gros producteur de pétrole, peut investir dans les raffineries de la SIR (Société ivoirienne de raffinage), pour toute la sous-région. Il faut que l’Afrique fasse en sorte de créer les mêmes conditions qui rendent fiables les raffineries occidentales ou des autres pays comme l’Inde. L’existence de l’ARA (Association des raffineurs africains) et de l’APA (Association des producteurs africain) est une bonne chose. Sous l’égide de l’Union africaine, on peut imaginer une solution très concrète pour ne pas laisser chaque pays se débattre seul. 

Propos recueillis pour le BIP par Michael Pauron


Le paradoxe énergétique africain

Le continent africain, c’est une évidence, est bien pourvu en ressources énergétiques. En pétrole mais aussi en gaz, avec des réserves prouvées qui le placent en position de devenir un important fournisseur mondial. Malgré cette richesse disponible et produite en abondance, l’Afrique ne consomme que la part congrue de cette énergie, ce qui constitue un lourd handicap pour son développement économique et social. C’est pour tenter d’inverser cette tendance que l’Institut Français du Pétrole (IFP) a organisé mi-novembre ce 6ème sommet de l’énergie et du développement durable en Afrique. Lors de l’ouverture officielle, le ministre de l’Energie du Sénégal, Samuel Sarr a replacé la rencontre dans son contexte marqué par le "troisième choc pétrolier" que vit le monde. A la seule différence que celui-ci, contrairement aux précédents, se caractérise par une durée plus longue. Ce qui fait que la flambée continue des prix du pétrole constitue un lourd fardeau pour des économies déjà fragilisées.


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10 janvier 2008

« Aux dernières négociations, il n’y avait aucun maquisard »

IMG_0003Interview de Césare Atoute Badiate, chef  d’Etat major du MFDC et Antoine Diamacoune, chef des opérations militaires, le 28 juin 2007 :

Guinée Bissau. Isolée dans la brousse, une baraque en ciment coiffée d’un toit en tôle. Un homme, la quarantaine, grand, bedonnant, débardeur blanc, sort : Antoine Diamacoune, chef des pérations militaires de l’Atika, bras armé du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, MFDC. Pas d’armes. D’autres rebelles sont là, en civil, ils arborent des dreadlocks. Voilà à quoi ressemble le maquis casamançais au quotidien. Peu d’échanges, tout juste quelques questions : noms, prénoms, fonctions. Deux heures et quelques bières plus tard, quatre motos flambantes neuves se garent. De l’arrière de l’une d’elles descend un homme. Il enlève son casque, les combattants se lèvent et font le salut militaire. César Atoute Badiate, le chef d’Etat major, vient d’arriver. Presque courbé, le visage dur mais l’air éreinté, difficile d’imaginer que cet homme dirige une des plus vieilles rébellions africaines. Voici vingt-cinq ans que le MFDC revendique l’indépendance de la Casamance. Le conflit se résume aujourd’hui à quelques attaques sporadiques contre les forces armées sénégalaises ou des hommes politiques et à 6500 réfugiés qui attendent de pouvoir retourner dans leurs villages. Les mines font plus de victimes. Après une concertation entre combattants, l’interview peut commencer, non sans avoir pris le soin d’éluder d’office quelques questions que nous poserons malgré tout. Je suis accompagné d’Eric Bassène, journaliste sénégalais au journal Le Quotidien. 

Michael Pauron : Pouvez-vous vous présenter ?

César Atoute Badiate : Je suis le chef suprême du MFDC

Eric Bassène : Avez-vous des nouvelles du Sénégal, et notamment les élections législatives [déroulées en juin 2007, ndlr] ?
Antoine Diamacoune : La politique sénégalaise, ce n’est pas notre problème. Seuls les problèmes liés à notre mouvement nous intéressent.

E.B. : Le sous préfet de Cabrousse vient d'être attaqué à 23 km de Bignona [nord de Ziguinchor, ndlr]. D’aucuns accusent le MFDC. Quelle est votre position ?
C.B. : Nous l’avons appris par la radio. Mes éléments sont loin de ce secteur. Ce sont trois ennemis qui sont là-bas : il y a l’armée sénégalaise, il y a les éléments de Sadio [Salif Sadio, chef rebelle dissident, aujourd’hui en Gambie, ndlr] et nous. Aujourd’hui, je ne peux pas vous dire si ce sont les éléments de Sadio ou de l’armée sénégalaise qui ont fait ça. Le MFDC n’a pas de média, je n’ai donc pas d’informations plus claires. 

E.B. : Vos éléments du côté de Badiouré ne vous ont pas informé ?

C.B. : Nos éléments sont un peu loin de là bas.

E.B : Où sont-ils ?

C.B. : A la frontière [Gambienne, ndlr].

E.B. : Il y a deux mois, l’armée sénégalaise a fait un ratissage dans ce secteur, était-ce contre vos éléments ?

C.B. : Ce n’était pas mes éléments.

E.B. : Avez-vous régulièrement des contacts avec eux ?

C.B. : Oui. Nous sommes en contact direct, par téléphone.

E.B. : Avez-vous des nouvelles de Magne Diemé [chef de la section nord du MFDC, ndlr] ?

C.B. : Il est emprisonné en Gambie.

E.B. : Est-il mort ?

C.B. : Je n’ai pas d’informations dans ce sens. Pour le moment, pour moi, il est vivant.

Michael Pauron : Quand avez-vous eu de ses nouvelles pour la dernière fois ?

C.B. : Depuis qu’il a été arrêté. Je n’ai pas d’éléments qui vont lui rendre visite. J’ai eu des informations dans les premiers jours.

E.B. : Savez-vous dans quelle ville se trouve Magne Diemé ?

C.B. : Non.

E.B. : Avez-vous essayé de contacter les autorités gambiennes ?

C.B. : J’ai envoyé des éléments pour prendre contact et essayer de le libérer. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu de réponses favorables.

E.B. : Savez-vous pourquoi il a été arrêté ?

C.B. : Non. On a beau chercher, pour le moment je ne sais pas exactement pourquoi il a été arrêté.

E.B. : Que pensez-vous ?

C.B. : D’après les dires, il aurait comploté avec le gars qui a voulu faire le coup d’état [en mars 2006, un coup d’Etat contre le président gambien, Yahya Jammeh, aurait été déjoué. Le chef d’Etat major des armées de la Gambie en aurait été l’auteur, ndlr].

A.D. souffle à C.B. : C’est quelque chose qui n’est pas véridique.

C.B. reprend : C’est quelque chose qui n’est pas véridique.

M.P. : Pensez-vous que l’armée sénégalaise a joué un rôle ?

C.B. : Bien sûr. L’armée sénégalaise est complice.

A.D. : C’est une chose très certaine. L’armée du Sénégal et le gouvernement du Sénégal sont allés donner des informations qui ont conduit à l’arrestation de Magne Diemé.

C.B. reprend : L’armée sénégalaise et le gouvernement sénégalais sont allés donner des informations à la Gambie sur le coup d’Etat. Mais ce sont de fausses informations.

E.B. : Il semblerait qu’au moment du coup d’Etat, Magne Diemé était de l’autre côté de la Casamance [au nord, ndlr] ?

C.B. : S’il était de ce côté, je ne suis pas au courant.

E.B. Avez-vous des éléments de l’aile civile en Gambie ?

C.B. : Il y a des réfugiés. Oui.

E.B. il y aurait eu des accrochages entre le MFDC et l’armée sénégalaise le 17 juin. Confirmez-vous et où cela s’est-il passé exactement ?

C.B. : A Outabara.

M.P. : Que s’est-il passé ?

C.B. : L’armée sénégalaise a dit qu’elle venait pour une opération de déminage parce que la population veut retourner sur son territoire. Mais l’endroit où ils sont venus déminer est dans notre secteur. L’armée sénégalaise a abandonné depuis longtemps ce secteur là. Nous voulons bien des opérations de déminage, mais ce n’est pas le Sénégal qui doit venir déminer. S’ils veulent vraiment déminer, qu’ils fassent venir des organismes neutres. Nous ne sommes jamais allés à la table des négociations pour savoir s’il faut déminer ou pas. Il faut qu’il y ait une négociation. Eux viennent, sans nous concerter. Si vous entendez des accrochages, ce sont eux qui viennent nous provoquer. On ne peut pas se laisser faire.

M.P. : Qui a tiré en premier ?

C.B. : L’armée sénégalaise a tiré en premier.

E.B. : Y a-t-il eu des victimes ?

C.B. : Pas de notre côté.

Daouda [un des combattants présents, ndlr] : Du côté de l’armée sénégalaise, même s’il y a eu des victimes, elle ne le dit pas.

C.B. : Pour l’armée sénégalaise, je ne peux pas donner d’informations.

E.B. : Avez-vous récupéré leur matériel ?

C.B. : Pour le moment, non.

E.B. : Il y a deux semaines, l’armée sénégalaise a mis la main sur des véhicules immatriculés en Gambie chargés de bois de venne. Le MFDC est-il impliqué derrière ce trafic de bois ?

C.B. : Non. C’est la population qui est impliquée.

E.B. Ne vous financez-vous pas avec le trafic de drogue et de bois ?

C.B. : Non. Nous, nous luttons contre le déboisement.

E.B. : Mais comment parvenez-vous à contrôler la forêt ?

C.B. : S’il y a des feux de brousse dans notre secteur, par exemple, nous essayons de les éteindre. Si on voit celui qui l’a fait, il y a des conséquences.

E.B. : Avez-vous déjà arrêté des trafiquants ?

C.B. : Dans notre secteur, il n’y a pas de trafic. Dans les autres secteurs, je ne sais pas.

M.P. : Puisqu’on parle du secteur nord, considérez-vous toujours Salif Sadio comme un combattant du MFDC ?

A.D. : Salif Sadio est un combattant du MFDC, même s’il y a eu des désaccords entre nous. Nous sommes des frères et nous allons vers eux, nous ne faisons pas la guerre entre frères. C’est une réconciliation. Mais quand on va vers son frère et qu’il tire sur vous, on a le droit de se défendre. Nous, on veut réunir toute la Casamance et aller vers la paix. Car si la Casamance n’est pas réunie pour la paix, des difficultés vont toujours intervenir. 

M.P. : Vous dites que vous allez vers Salif Sadio pour négocier une réconciliation et qu’il vous agresse en retour ?

A.D. : oui.

M.P. : Etes-vous soutenus au Nord par l’armée sénégalaise pour chasser Sadio ?

A.D. (il s’énerve) : C’est complètement faux ! Lorsque nous avons chassé S.S. d’ici [du sud, ndlr], c’est par notre propre force. Le Sénégal n’a pas voulu intervenir. S.S. est parti dans le Fogni [région nord de la Casamance, ndlr]. Alors, l’armée sénégalaise a attaqué d’un côté pour le pourchasser, nous, nous avons attaqué d’un autre côté, mais ce n’est pas quelque chose de concerté. Avec le Sénégal, on ne pourra jamais combattre un ennemi ensemble !

M.P. : Selon vous, que recherche l’armée sénégalaise ?

A.D. : Ce qui arrange le Sénégal, c’est qu’il y ait divergence entre les frères, l’armée s’en trouve renforcée. Mais si on se réconcilie et que l’on fait un front commun, c’est nous qui serons forts. Eux ne veulent même pas que S.S soit hors de nuire. Ils veulent qu’on se batte ensemble et que le Sénégal impose sa force en Casamance.

E.B. : Avez-vous été soutenus par la Guinée Bissau pour chasser S.S. ?
C.B. : Nous n’avons pas été soutenus pas la Guinée Bissau. Elle était venue pour surveiller la frontière et ses populations. Les éléments de S.S ont attaqué les éléments de l’armée guinéenne, sur le camp de Sao Domingo [à la frontière, ndlr]. Ensuite, ils ont posé des mines sur la route, une voiture est tombée dedans, des civils sont morts. C’est ça qui a engagé l’armée guinéenne dans cette opération [septembre 2006, ndlr]. Mais elle n’était pas venue pour s’engager dans cette guerre. 

M.P. : Vous niez donc le soutien de la Guinée ?

C.B. : Oui.

M.P. : A ce jour, avez-vous des contacts positifs avec S.S ?

A.D. : Nous avons envoyé des émissaires plusieurs fois mais c’est difficile. Des gens qui se sont battus entre eux ne se font pas confiances. Mais on espère… (il se reprend), on pense y parvenir.

E.B. : En tant que chef d’Etat major, avez-vous des nouvelles de S.S ?

C.B. : Jusqu’à présent il existe. Il est dans le département de Bignona.

E.B. : Quand avez-vous eu pour la dernière fois des nouvelles de lui ?

C.B. : Ca fait longtemps.

M.P. : Avant ou après l’arrestation de Magne Diemé [il y a moins d’an, ndlr] ?

C.B. : Après.

M.P. : La Gambie soutient-elle S.S. ?

A.D. : Nous ne pouvons pas nous prononcer. La Gambie est une république de la Casamance, nous avons les mêmes populations. Il y a beaucoup de nos frères qui sont dans les prisons de la Gambie. Nous n’avons aucune idée malveillante vis-à-vis de la Gambie.

E.B. : On parle beaucoup de Niatan. Qui est-il ? C’est un rebelle ?

C.B. : Oui.

A.D. coupe la parole : Il ne faut pas dire rebelle. Nous sommes des indépendantistes, des séparatistes. C’est un combattant du MFDC et il est là avec nous, à Cassolol [camp du MFDC en Guinée Bissau, ndlr].

E.B. : Quel est son grade ?

C.B. : Il est comme un conseiller.

E.B. : Pourrait-il devenir le chef du MFDC ?

C.B. : Ce sont vos informations. Moi je ne les ai pas. Pour le moment, je suis le chef.

E.B. : Jusqu’où s’étend votre commandement ?

C.B. : Depuis la frontière guinéenne jusqu’à la frontière gambienne. J’ai des éléments là-bas.

E.B. : Combien de camps ?

C.S. ne répond pas.

M.P. : Pouvez-vous nous donner un ordre d’idée du nombre de combattants ?

A.D. : C’est un secret.

M.P. : Avez-vous beaucoup de jeunes Casamançais qui vous rejoignent ?

A.D. : Tous les jours !

E.B. : Combien par semaine ?

A.D. : C’est un secret.

M.P. : Vous n’avez donc pas besoin d’avoir recours à la propagande ?

A.D. : Non ! Parce que la situation qu’ils vivent dans leurs villages, de Kolda à Ziguinchor, les pousse à venir ici, tous les jours !

M.P. : Quel est l’avenir proche du MFDC ?

A.D. : Nous voulons des négociations.

M.P. : Avez-vous des contacts avec l’Etat sénégalais ?

C.B. : Nous, nous cherchons les contacts, mais nous n’en avons pas eu.

M.P. : Vous n’avez rencontré personne ?

C.B. : Pour les négociations, non. Tant que nous nous battons avec Sadio, l’Etat sénégalais ne voudra pas. C’est pour cela, si l’armée était avec nous pour combattre Sadio, pourquoi aurions nous quitté notre secteur alors qu’elle était là bas (au nord, ndlr) ? Ce sont de fausses informations.

E.B. : Vous dites par là que S.S. est protégé par l’armée sénégalaise ?

C.B. : Là où nous sommes, l’armée Sénégalaise est entre mes éléments et ceux de Salif. Pour les attaquer, c’est un peu difficile. Comment expliquez vous ça ? Nous leur avons demandé de quitter le secteur pour combattre Sadio, mais ils ont refusé.

M.P. : Quel est le rôle depuis la France de Nkrumah [secrétaire général de l’aile politique réfugié en France, ndlr] ?

C.B. : Nous avons souvent des contacts, nous le considérons comme le secrétaire général car il était l’adjoint de l’Abbé [Augustin Diamacoune Senghor, chef historique, décédé en janvier 2007 à Paris, ndlr].

M.P. : Salif n’est pas d’accord...

C.B. : non.

M.P. : Nkrumah vous donne-t-il des conseils depuis la France ?

C.B. : oui, souvent.

M.P. : De quel ordre ?

C.B. : D’organisation.

M.P. : Quel est le sens d’une lutte pour l’indépendance d’une petite région africaine alors que nous allons vers l’union des pays d’Afrique ?

A.D. : Le MFDC est fondé depuis plus de cent ans. Avant la venue des colons, les Casamançais étaient déjà dans le maquis. Quand on parle de l’indépendance du Sénégal, ce n’est pas l’indépendance de la Casamance. Elle cherche depuis des temps immémoriaux son indépendance. Avant de parler d’unification des peuples, encore faudrait-il qu’ils soient tous identifiés. Que la Casamance soit reconnue avant de parler de mondialisation.
C.B. : La Casamance est un petit pays, mais il est plus peuplé que le Cap Vert, par exemple, et plus grand que beaucoup d’Etats. Nous voulons l’indépendance de la Casamance avant d’intégrer une quelconque union.

M.P. : Si vous allez à la table des négociations, ce sera l’indépendance ou rien ?

A.D. : Quand il y aura une possibilité de négociation, il y aura une réunion inter-MFDC. C’est à ce moment que nous déciderons ce qui se dira à la table des négociations.

E.B. : Où voulez-vous négocier ?

C.B. : Pas au Sénégal car nous avons des problèmes avec le Sénégal. Si je vais au Sénégal, je ne peux dire tout ce que j’ai dans le cœur.

E.B. : Pourtant, les dernières négociations ont eu lieu à Ziguinchor [accords de paix signés en 2004].

A.D. : Lesquelles ? Il n’y avait aucun maquisard. Pourtant c’est nous qui avons les armes.

C.B. : Tout le temps ils disent que j’ai envoyé une délégation. C’est faux. Celui qui est à Ziguinchor et qui dit qu’il est envoyé, c’est un menteur.

E.B. : La Casamance sera-t-elle libre un jour ?

C.B. : Je ne peux pas donner de dates, mais tôt ou tard, elle sera libre.

A.D. : L’indépendance de la Casamance doit exister car c’est le problème d’un peuple tout entier. Nous demandons à être libres comme les peuples d’ailleurs. Les Casamançais en ont marre : on parle de développement, on parle de milliards qui sont venus pour la Casamance, mais où sont ces milliards ? La population est fatiguée ! Le pays de Casamance, le grenier où tout est abondant, pourquoi il n’y a pas la paix ? A cause de la domination étrangère ! Si la Casamance est libre, les gens seront heureux et ils mangeront à leur faim.

M.P. : Lorsque vous serez libres, organiserez vous des élections démocratiques ?

A.D. : Exactement ! En Casamance, la démocratie est traditionnelle ! Nous serons le pays le plus démocratique des pays africains.

M.P. : Quel est le rôle de la religion dans le MFDC ?

A.D. : La Casamance est le pays le plus laïc du monde. Il n’y a pas de distinction, tout le monde se respecte car les Casamançais se disent qu’il n’y a qu’un seul Dieu.

E.B. : Vous avez des moyens de transports modernes [référence aux motos neuves, ndlr]. Comment les avez-vous obtenus ?

A.D. : Ca, ça doit rester secret. Nous ne voulons pas mettre à mal des gens qui nous soutiennent.

M.P. : D’où viennent vos armes ?

A.D. : Quand on se bat dans la brousse, on récupère les armes.

M.P. : Vous ne vous armez que comme ça ?

A.D : Très souvent.

M.P. : Et parfois ?

A.D. : C’est un secret.

M.P. : Et l’argent ?

A.D. : Il y a des gens qui nous soutiennent clandestinement.

E.B. : Au Sénégal ?

A.D. : Non, à l’étranger.

M.P. : Des Etats ?

A.D. : Non, pas d’Etat.

E.B. : Avez-vous des relations avec les autres rébellions d’Afrique, comme la Côte d’Ivoire ?

A.D. : Non, pas pour le moment. On aimerait bien, mais pas encore.

M.P. : Avez-vous des combattants qui viennent d’autres pays ?

A.D. : Non, pas pour le moment, il n’y a que des Casamançais. S’il y en a qui viennent avec de la bonne volonté, on les accueillera. Pourquoi pas ?

E.B. : S.S. était-il en Côte d’Ivoire ?

A.D. : Je ne sais pas. Ce sont les journalistes qui nous ont informé de ça.

M.P. : Que savez-vous des touristes français [affaire Cave et Gagnaire, quatre touristes français disparus en 1995, lire l’enquête de Jean_Paul Mari sur http://www.grands-reporters.com/Casamance-quatre-francais.html, ndlr] ?

C.B. : Jusqu’à présent, nous n’avons aucune information. Le problème se situe au cœur de l’armée sénégalaise. C’était l’armée sénégalaise qui occupait le secteur où ça s’est passé. Comment aurions-nous pu aller tuer des Français ? Et nous, MFDC, nous n’avons pas à faire aux étrangers. L’armée sénégalaise a fait ça pour que la France vienne nous combattre.

M.P. : Le lieu de la disparition n’était-il pas aux mains des indépendantistes ?

C.B. : Non. Tu sais, le secteur était sous occupation sénégalaise. Comment peuvent-ils dire avoir vu la voiture et ne pas savoir où ils sont enterrés ? Il n’y avait pas de combattants là bas.

M.P. : Pourraient-ils être encore vivants ?

C.B. : On ne peut pas dire s’ils sont morts ou vivants. S’ils avaient été dans notre secteur, au moins nous aurions pu donner des informations claires.

A.D. : C’est une chose vraiment déplorable. Le MFDC n’a pas les forces pour dire au monde entier ce qui existe en Casamance. On essaie de faire tout pour anéantir le mouvement. Quitte à attaquer des civils ou des étrangers pour que d’autres pays viennent combattre le MFDC. En Casamance, l’étranger c’est le roi, il sera toujours bien considéré. Ce que nous recherchons, ce sont les relations externes. Nous demandons à la France de venir soutenir la Casamance.

M.P. : Vous inviteriez la France aux tables des négociations ?

A.D. : Pourquoi pas ? Nous, les combattants, les Casamançais, nous aimons les Français. Nous ne ferions jamais du mal à un Français. Jamais ! Ce sont des accusations pour avoir des armes, des avions…

M.P. : Quel était votre rôle en 1995 ?

C.B. : Simple soldat.

M.P. : Avez-vous un message à faire passer ?

A.D. : Nous sommes très contents d’accueillir la nomination de Nicolas Sarkozy à la tête de la France. Nous l’interpellons pour que la paix puisse arriver en Casamance, dans la justice et dans la vérité. Le monde entier peut venir assister aux négociations ! La Casamance a pleuré depuis combien de temps ? Les gens sont fatigués ! Nos populations sont fatiguées ! Nous sommes des combattants pour la liberté.
C.B. : Il y a des problèmes plus compliqués qui se règlent plus rapidement. Ceux qui disent qu’il n’y a pas de guerre en Casamance, mentent. Parce qu’ils veulent diminuer nos forces, mais ça n’arrivera pas. Nous faisons appel aux bonnes volontés pour venir secourir le MFDC.

Propos recueillis par Eric Salemon Bassène et Michael Pauron

Photo : Michael Pauron

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Voir aussi le récit du voyage jusqu'en Guinée sur la page, "Y a t-il un pilote dans le car ?" : http://michaelpauron.canalblog.com/archives/reportages_au_senegal/index.html

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23 décembre 2007

Noël ici, Tabaski là bas

Bientôt noël en France. Froid, fête, famille, orgie gustative et cadeaux à profusion, pour les plus chanceux. A Dakar, leur noël vient de se terminer. La tabaski (l'équivalent de l'Aïd el Kebir) était somptueuse, dixit Fathou. "La viande n'en parlons pas!" Deux ou trois jours de fête depuis mercredi, le mouton, roi du jour, a semble-t-il été apprécié. Depuis novembre ces derniers sont cajolés, engraissés, pouponnés. On leur parle, d'aucuns font un commerce juteux : achetez un agneau, laissez le grandir, nourissez le bien, et vendez le la veille de la tabaski.

Cyril, qui vit au Sénagal depuis plus de six ans, me racontait ainsi sa vision de cette fête musulmane, depuis Dakar : "C'est un vrai carnage! Les moutons sont égorgés dans la rue, les trottoirs sont plein de sang, les peaux des moutons sont accrochés aux arbres, ça renifle grave! Et au bout de quelques jours, je te raconte pas! Ce qui est drôle, c'est de regarder les bêtes, elles comprennent bien ce qui se passe... et il en reste toujours une, épargnée. Ce mouton chanceux est complètement paniqué, il a les genoux qui claquent, les yeux hagards, son bellement tremble [il imite le mouton flippé]. Tu m'étonnes! Il a vu tous ses potes se faire égorger toute la journée!" Cyril imite très bien le mouton flippé. Et Cyril n'est pas musulman, ça va de soi. Il fêtera néanmoins la tabaski chez ses amis, tous musulmans, ou presque.

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27 novembre 2007

Je reviens quand?

"Tu reviens quand?" Voici la phrase que j'entends chaque jour avec insistance depuis l'annonce de mon départ qui aura lieu vendredi. Parfois même avec une certaine incompréhension face à ma réponse : "Je ne sais pas." Vendredi, je rentre à Paris. A Dakar, les émeutes sont finies. A Paris elles ont repris.

Je suis partagé, comme à chaque départ. Amodé me disait hier : "A Beyrouth Est, j'ai vu un jour écrit sur un des seuls murs encore debout : Partir, revenir, repartir, c'est une vie d'hirondelle". Je suis peut être comme une hirondelle, mes attaches en France, et besoins d'ailleurs. Je ne m'arrêterai pas là, c'est sûr, mais des choses m'attendent dans l'hexagone. Tant d'évènements depuis juin... tant à reconstruire et à retrouver en rentrant, tant à laisser en partant d'ici : Amodé et sa "maison du bonheur, où on refait le monde à l'ombre du manguier" ; Boudor le noirokère rappeur, slameur, philosophe ; Philippe, l'Allemand amoureux de sa Zimbabwéenne (?), voyageur, quadrilingue, à l'instar de Nico, le Chilien qui cherche un sens à la vie et à comprendre le monde ; Corina, la Sarde-Belge, rasta, rappeuse, ambitieuse, la tête dans la lune, dispersée ; Cyril, mon coloc, musicien, échoué là, heureux-malheureux, grand survivant d'une vie chargée ; Wolfi, Fathou, Aïsha, Maïkee, Pascal, Madiao, Issa, Jeanne, Djihad, Mariam, Patrick l'explorateur de perles, SIdi et Amy, Coumbis, et les Diolas.... Henri et la clique de Fass, Norbert, Patrick, Raïssa, Dieudonné, Etienne, William, Ange, Landry le futur "doc" de Ziguinchor, Séverine, Francéline et les autres, Eric, Abraham, Jacob, Léopold, Fred etc. J'en oublie. Je passe ces derniers jours à courir, à tenter de voir ou de parler un peu à tout le monde :

"Tu reviens quand?"

"Je ne sais pas."

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22 novembre 2007

Emeutes à Dakar

Tout commence hier matin. Des vendeurs ambulants (banabana) allument des pneus sur la chaussée, bloquent la circulation. La police ne tarde pas à se manifester. La situation se dégrade rapidement. Tout est partie d'un loi votée la semaine dernière par le président Wade. Cette loi prévoit l'interdiction des banabanas, sans leur donner d'autre alternative. La police avait donné 24 heures aux vendeurs pour disparaître. Aux banabanas se joint une partie de la population pour protester contre la vie chère. Puis des jeunes rejoignent le cortège, exaspérés par leur situation précaire et la judiciarisation des candidats à l'exil.

Les groupes se déplacent vite et les affrontements sont violents. Une odeur de caoutchouc brûlé envahi peu à peu la ville. Les taxis, les Car-rapides, ne veulent plus désservir les zones d'insurrection. Les poteaux sont arrachés, les panneaux défoncés, les bâtiments administratifs dégradés. A Liberté 6 (quartier en périphérie), la Sonatel (filiale de France Télécom) est pris pour cible. A Médina, quartier populaire, c'est le feu qui est utilisé pour vandaliser les locaux de la Sénélec (Société sénégalaise d'électricité). Des jets de pierres répondent aux bombes lacrymogènes. Malgré le retour au calme vers 19 heures, les militaires sont restés sur le pied de guerre toute la nuit. Au matin, les dégâts sont encore visibles.

Selon les quotidiens du jour, Dakar a vécu ses pires émeutes depuis l'alternance (élection de Wade en 2000). Hausse importante du coût de la vie à cause de la hausse du prix des matières premières, chômage de masse, les métiers informels, de type banabana, font vivre une bonne partie de la population. Trop de problèmes et pas assez de réponses. Des manifestations ont régulièrement lieu, dans le calme, d'autres sont purement et simplement interdites. Hier, la soupape a sauté. Wade a plié : des négociations ont été entamées, ramenant le calme dans la capitale. Mais pour combien de temps?

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Gorée pas si propre et vert

A paraître dans le numéro du mois de décembre d'Africa International

Alors que la mairie, élue en 2002 sous une bannière écologiste, a lancé un grand projet « Gorée en propre et en vert », la réalité sur le terrain ne suit pas toujours les discours. Etat des lieux.

L’île de Gorée est le premier site touristique d’Afrique de l’Ouest. Le symbole universel de la traite négrière. D’une superficie de 28 hectares, classée au patrimoine mondial de l’Humanité, Gorée est reliée au continent par une chaloupe dont les rotations quotidiennes déversent un flot ininterrompu de touristes. Depuis 2002, et l’élection du premier maire écologiste du Sénégal, Maître Augustin Senghor, la petite île s’est donnée pour objectif d’enrayer l’insalubrité. Une gageure dans ce contexte insulaire : aucune barge pour rapatrier les déchets sur Dakar ; pas d’incinérateur. Seule issue pour les 1100 habitants, jeter leurs détritus à la mer, comptant sur les marrées pour effacer leurs traces ; sans compter celles laissées par les touristes. « A mon arrivée en 2002, le tableau environnemental n’était pas fameux », assure le maire qui avoue s’être présenté écologiste, faute de mieux. « Il n’y avait pas de politique environnementale. Il n’y avait qu’une dizaine de personnes qui entretenaient l’île. Aujourd’hui, nous avons une quarantaine de jeunes qui travaillent chaque jour à la collecte, au traitement et à l’élimination des ordures. »

Dépotoirs à ciel ouvert

L’arrivée à quai est idyllique : plage propre, eau claire, aucun détritus à l’horizon. Au premier coup d’œil, Gorée semble exemplaire dans une Afrique où la gestion des déchets est une problématique récurrente. Le parcours balisé pour les visiteurs, belles rues pavées et fleuries, ne laisse entrevoir que quelques canettes ou sacs plastiques éparses. Des panneaux annoncent le slogan de l’île, « Gorée en propre et en vert, ensemble, protégeons notre environnement ». Financé par la Coopération Technique Belge (CTB) et la mairie, le projet a coûté 10 millions de FCFA dont huit pris en charge par la CTB. Le maire explique : « Dans une première phase, nous devions régler les problèmes de l’insalubrité. Pour cela, nous avons augmenté les effectifs de nettoyage, et implanté un système de collecte et de traitement mieux organisé. Dans un second temps, il fallait améliorer le cadre de vie en rendant Gorée plus verte et plus attrayante. Une demi douzaine de jeunes Goréens ont été formés pour entretenir et améliorer les espaces verts. Enfin, nous nous sommes consacré à l’environnement marin. Partout sur les rochers, il y avait des déchets et l’île était infestée de mouches. Nous avons créé la première aire maritime protégée du Sénégal. »

Derrière ce discours séduisant, tout n’est pourtant pas si « vert ». En faisant le tour de l’île, le curieux se confronte à une triste réalité : une déchèterie à ciel ouvert. Certains s’adonnent encore à l’ancienne pratique, vidant leurs poubelles sur les rochers, parfois devant les touristes. Chose que réfute la mairie : « Il y a toujours des récalcitrants, mais ils ne le font pas à découvert car ils ont conscience que ce n’est pas bien. » L’océan vient lécher ces dépotoirs. Comme en contrebas de la mosquée, à seulement quelques dizaines de mètres de la plage et d’un panneau « Gorée en propre et en vert » : des poubelles se consument lentement, enfumant une partie de l’île. C’est le lieu « principal » d’incinération. Alors, à quoi sert l’incinérateur flambant neuf financé par la marine française – 4 millions de CFA – et installé en novembre 2006 ? Les détritus s’entassent à son pied. Il bouche l’accès à la mer de la rue Blanchot, au grand dam de certains Goréens. La mairie avoue ne pas avoir pris le temps de faire une étude d’impact : « Au départ, ce lieu était un ancien dépotoir. Dans notre volonté d’aller très vite, nous n’avions pas pris en compte un élément important, à savoir l’impact environnemental. Nous sommes en train de lancer une étude pour voir si l’incinérateur n’impacte pas l’école de jeunes filles juste à côté. »

Certification environnementale

Hors des sentiers battus, le long de ce qu’appellent les locaux « le chemin du milieu », qui grimpe au Castel, point culminant de l’île à 31 mètres, des moutons broutent les détritus, au pied d’un panneau à moitié caché par un sac plastique : « Gorée en propre et en vert ». A deux pas du bâtiment des pompiers, l’ancien hôpital ressemble à un bidonville : des familles squattent les locaux dans des conditions d’hygiènes déplorables. Un petit garçon sort, baisse sa culotte et fait ses besoins dans la cour, sous le regard débonnaire de sa maman qui prépare le repas au pied d’un amoncellement d’ordures ménagères. Non, le tableau n’est pas reluisant et avait déjà été mis en exergue par un rapport de l'Unesco en 2004. La commune reçoit pourtant des subsides non négligeables. En plus du financement de « Gorée en propre et en vert » et de l’incinérateur, la ville française de Drancy, qui a signé un partenariat avec l’île en 2004, a financé l’achat d’un triporteur pour la collecte des déchets. Qu’en reste-t-il aujourd'hui ? : « Il y a un âne attelé qui passe et collecte les ordures à des points de ramassage déterminés. » Plus de triporteur. Drancy a également consacré 20000 euros (environ 13,3 millions de CFA) à la mise en place de dégraisseurs pour les évacuations des restaurants et d’un système d’épuration des égouts : « Nous venons seulement de recevoir les fonds. Dans un an, ce sera derrière nous », assure le maire.

Alors que deux cents poubelles avaient été financées ou données, deux ans après, certaines sont jetées là, sur les rochers, d’autres sont éventrées. La mairie envisage de les remplacer. Car elle ne souhaite pas s’arrêter à « Gorée en propre et en vert ». Elle veut obtenir la certification environnementale ISO 14001, habituellement délivrée aux entreprises. Son coût ? « 1,05 milliards de CFA à travers huit projets sur trois ans", détaille sans ciller Maître Augustin Senghor. Parmi les soutiens sur lesquels peut compter la mairie, la multinationale Bouygues, à travers sa filiale sénégalaise SDE (société des eaux). Le maire n’en démord pas : « Tous les jours les places et ruelles sont nettoyées. Le dimanche, on nettoie tous les endroits sensibles comme la plage, les places. Gorée est, sans prétention, l’une des localités les plus propres du Sénégal. » Tant que le badaud suit le chemin balisé.

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Boudor : la part de lumière

Interview paru dans Continental mag, numéro du mois de novembre

A 31 ans, le rappeur camerounais Boudor signe son premier album solo et autoproduit, « En Faim ». Choriste à l’église, l’enfant de Douala découvre le rap sur MTV en 1989 au Congo. De retour au Cameroun, il intègre une troupe de danseurs, les Thunder boys. Très vite, il se met à rapper des improvisations et s’affuble d’un pseudonyme, Impro Ice. Il passe par divers groupes de Douala, change de pseudo et devient Boudor. C’est avec Aborigène qu’il intègre Négrissim’ en 1996 lors des Nuits du rap à Yaoundé. Le groupe au succès grandissant sort un album en 2000 et rejoint Dakar deux ans plus tard. En 2006, Boudor décide de poursuivre le chemin seul et obtient le Prix de l’intégration africaine aux Hip hop awards de la même année. Interview.

D’où te vient ce nom, Boudor ?

Un soir de pleine lune dans mon quartier de Douala, je suis sorti prendre un peu d’air. Regardant le ciel, voyant la lune éclairer la nuit, je me suis demandé : n’est-ce pas la vraie mission d’un artiste que d’apporter un peu de lumière ? Le monde est tellement noir. On dit que l’or est le symbole de la lumière. Dans ma langue natale, Boudou veut dire la nuit. Voilà comment est né Boudor, qui essaie d’apporter sa part de lumière dans ce monde obscure.

Comment Negrissim’ s’est-il retrouvé à Dakar ?

Au Cameroun, le rap est considéré comme une musique de voyou. Il n’y a pas plus de 50 groupes de rap actuellement. On n’arrêtait pas d’entendre que Dakar était la capitale du hip hop en Afrique. On a donc décidé en 2001 de partir au Sénégal par la route. Au Burkina, nous n’avions plus d’argent. Tata Martine, une Douala qui avait un restaurant, nous a accueilli. Nous avons fait un concert avec le groupe Yeleen au CCF pour la fin de la CAN, puis le Ouaga hip hop. Un jour, Paolo Poundi est venu jouer au CCF de Ouagadougou. Il connaissait bien Negrissim’. Il nous a présenté un producteur français qui nous a fait venir en 2002 à Dakar pour enregistrer un album. Il devait sortir la même année en France. Mais après des désaccords, le projet n’a pas abouti.

Que s’est-il passé avec Negrissim’ ?

Les autres membres du groupe ont trouvé du travail dans le télémarketing. Moi je ne peux pas faire ce que je n’aime pas. Nous étions éparpillés aux quatre coins de la ville, ça devenait difficile de se voir pour répéter. Depuis notre départ en 2001, nous n’avions sorti aucun album. Ma famille, les amis au Cameroun, attendent. C’est là que j’ai décidé de faire un album solo.

Tu as deux clips qui passent à la RTS1. Comment cela s’est-il passé ?

En mai 2006, j’ai enregistré une première cassette dans les studios de Dakar. Parmi les titres, il y avait « Bana ba nguea » qui parle des enfants des rues. Aminata Kamara, qui travaille à l’Empire des enfants, une association qui aide les enfants des rues, a beaucoup aimé le morceau. Avec la présidente, Anta Mbow, elles m’ont proposé de réaliser le clip. Et vu que l’association a un partenariat avec la RTS1, j’ai pu en bénéficier. Ensuite, Wolfi, un rappeur sénégalais, m’a réalisé un second clip, « Petite sœur ».

Pourquoi « Petite sœur » a-t-elle ce succès ?

Elle raconte l’histoire d’une jeune fille qui veut scanner sa photo dans un cybercafé pour trouver un mari blanc. En Afrique, c’est une réalité de tous les jours. J’ai écris cette chanson après avoir vu dans un cyber, à côté de moi, une jeune fille montrer son sein devant la webcam. Derrière l’écran, il y avait un toubab [blanc] qui fantasmait. J’ai été choqué. Les radios ont commencé à passer le titre car cette chanson parle aux gens. Une femme m’a même dit que sa fille avait maintenant honte d’aller au Cybercafé.

Dans le bas de ta pochette, tu as écrit « Toute vérité est bonne à dire ». Pourquoi ?

On nous a appris que toute vérité n’était pas bonne à dire. Moi je trouve important de dire la vérité. Je suis considéré comme un chanteur engagé parce que j’aborde des thèmes de société qui peuvent parfois déranger : les enfants des rues qui reçoivent des bougies plutôt que du dentifrice et un toit ; le Sida, avec « deuxième carte d’identité », où je demande aux frères de ne jamais sortir sans leur deuxième carte d’identité, c'est-à-dire le préservatif, et de lui donner autant d’importance que la première.

Et Awa ?

Awa est une fille dont je suis tombé amoureux. Les parents ont refusé cette relation car je suis Camerounais et non musulman. Ici au Sénégal, on pense que c’est plus important que la fille épouse un cousin à l’étranger pour que l’argent soit dépensé en famille. Même le toubab s’intègre mieux qu’un Africain d’ailleurs ! C’est pour ça que je cite les droits de l’homme : « Toute personne a le droit de se marier, de fonder une famille, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité, la religion et le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre arbitre des deux futurs époux ». Egalement, cette chanson aborde le problème du voile : Awa se faisait battre parce qu’elle ne voulait pas le porter.

L’immigration clandestine était-il un thème que tu te devais d’aborder ?

Oui. « Prière pour ceux qui partent » parle de ces frères qui veulent toujours partir en Europe pour chercher de l’argent. Je dis qu’il vaut mieux prier pour eux plutôt que de les combattre avec des armes. L’immigration clandestine est un problème qu’il faut résoudre ici. Les jeunes sont influencés par les médias, par les clips de rap « américons » et des séries étrangères. Il y a une rééducation médiatique à faire. Beaucoup meurent par manque d’information. Beaucoup ne savent pas qu’une fois là bas ils vont être exploités, qu’ils vont dormir dehors ou flamber dans un hôtel insalubre. Ils doivent comprendre que partir n’est pas toujours la bonne solution. L’Etat a un rôle à jouer dans cette rééducation. Il faut combattre l’immigration clandestine par l’amour, pas par la guerre.

Autre thème, le modernisme. Le modernisme met-il en danger l’Afrique ?

En tout cas, l’Afrique est en train de se perdre. Au marché, les filles portent des strings apparents. Les jeunes mettent des jeans. Le jean est américain, pas africain. Le boubou devient un habit de folklore. Nous avons notre mode, nos habits, pourquoi changer ? L’Africain est un peu déboussolé. Il y a du béton partout. Nos cases sont détruites. Le monde moderne mange nos traditions. Pas mal d’artistes rêvent d’être comme 50 Cents… Moi, j’ai arrêté de porter des marques, je porte le batik, je suis Africain ! Dans la musique aussi il faut faire des efforts. J’utilise des machines modernes mais les rythmes rappellent l’Afrique.

Il y a trois slams dans l’album. Te considères-tu aussi comme un slameur ?

C’est très à la mode. Mais, en fait, je rappe comme je parle et parfois, sur scène, je rappe a capella. Je pense que le slam a toujours existé, surtout en Afrique avec la tradition orale. J’en parle dans le livre que je suis en train d’écrire, « Le livre des anges bleus ». J’y décri mon expérience de rappeur et mes pensées. Par exemple, je dis que le rap n’est pas américain. Je raconte ainsi l’histoire de Farafina, à l’époque de l’esclavage. Elle était enceinte d’un bébé hip hop, et a accouché aux Etats-Unis. Le rap est d’origine africaine et de nationalité américaine. Il est important que les Africains se rappellent que tout est parti d’ici.

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08 novembre 2007

Aïssatou, Jeanne, Coumbis et les autres...

Aïssatou rentre à Dakar par la chaloupe qui relie la capitale à l'ile de Gorée. Elle a flâné toute la journée dans les belles ruelles de l'ile, zigzaguant entre les touristes de plus en plus nombreux à cette époque. Il fait déjà nuit quand elle embarque. Cette belle sénagalaise, grande aux traits fins et aux courbes de manequin, dit qu'elle n'était jamais allée sur l'ile, que c'est "la première fois". Après quelques minutes de discussion, elle ne cache pas son envie de trouver "un bon mari français". Probablement la chaloupe en regorge-t-elle. A 19 ans, sa vie est un roman : mariée à 16 ans à un homme plus âgé, elle est mère de deux petites filles et vient de divorcer de l'homme qui la maltraitait et la trompait. Elle dit travailler pour élever ses enfants mais ne rien avoir et vivre chez ses parents. Elle veut à tout prix venir à la maison, "je ne te demanderai pas d'argent, c'est parce que tu me plais"... Elle me prévient quand même : "Je ne baise pas sans capote."

Jeanne a 22 ans. C'est une métis capverdienne qui fait tourner la tête à bon nombres d'hommes. Toute la soirée, ils seront après elle. Elle a rendez vous dans un bar de nuit du centre ville de Dakar... sur place, les seuls Sénégalais sont les serveuses et les danseuses. Il y a un groupe de militaires français, débardeurs, bouteille de whisky sur la table, les mains baladeuses sur les cuisses de demoiselles peu farouches. L'un d'eux se vante s'être "fait" Jeannne la semaine dernière... il est marié et père d'un enfant. Jeanne nie, et continue de danser devant la glace et d'aguicher son monde. Elle s'est faite défrisée les cheveux, porte un jean très moulant et des talons aiguilles. "Je vais avec qui je veux, j'ai vécu pas mal de temps avec un Italien qui voulait m'épouser... je suis indépendante", assure-t-elle tout en louchant sur la viande blanche. Elle aussi veut venir dormir à la maison... mais "en tout bien tout honneur"...

Coumbis habite Gorée. Elle est coiffeuse, et réputée pour les tresses qu'elle réalise depuis son plus jeune âge. Les clients l'appellent pour une coupe à domicile qu'elle facture 4000 FCFA (environ 6 euros). Sinon elle coiffe chez elle, sur l'ile, dans une petite chambre. Elle a trente ans, n'a pas d'enfant, au grand dam de ses parents. Elle s'est mariée une fois, avec un Français, "un Bordelais". Ca n'a pas marché, "heureusement nous n'étions pas mariés civilement". Elle en a beaucoup souffert et assure "ne rien rechercher, prendre la vie du bon côté. Je ne dois rien à personne, c'est ce qui compte." Une fois par semaine, Coumbis prend des cours de Français à côté de l'ambassade de France et, en général, reste déjeuner sur place. Beaucoup de salariés de l'ambassade déjeunent dans ce restaurant qu'elle dit "bon et pas chère", ce qui est sa seule motivation, promet-elle.

Trouver la sincérité dans une relation quand sa couleur véhicule, à juste raison ou non, la promesse d'une vie "meilleure", d'aucuns s'y frottent, beaucoup s'y piquent, d'autres en profitent. Pour ces jeunes filles que la nature a gâté, une chose est sûre, tenter sa chance ainsi reste moins dangereux que d'embraquer dans une pirogue.

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02 novembre 2007

Introspection

Une semaine déjà sans écrire une note. Symptôme que je découvre. Non, pas l'angoisse de la page blanche, mais une situation absurde : je suis dans un pays que je ne connaissais pas il y a six mois et je commence à banaliser ce que je vois. Je ne sais rien, ou presque, et pourtant je suis de moins en moins étonné, ma curiosité s'est étiolée après quelques mois. Une situation vraiment angoissante.

J'identifie quelques raisons : je ne bouge pas assez. Je suis resté à Dakar pour les besoins de mon travail et aussi parce que voyager coûte cher. En même temps, lors de mon dernier voyage, je n'avais pas eu le temps de vadrouiller dans cette ville, en ai-je fait le tour ? Autre cause : le quotidien s'est installé, les odeurs, les bruits, les gens en font partie. Enfin, je ne vis plus dans une famille sénégalaise. J'ai donc moins de contact avec le pays. Je dois changer cette situation... cette note est très personnelle mais éclairera peut-être cetrains lecteurs fidèles. Ne zappez pas !

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24 octobre 2007

Hip hop attitude

Me voici embarqué dans le milieu hip hop. De nombreuses structures se montent pour promouvoir les artistes sénégalais. Ce style de musique fait un malheur chez les jeunes. Les "vieux de la vieille" du hip hop africain ont environ 35 ans. "Africulturbain" est une de ces structures. Elle est dirigée (portée à bout de bras) par Matador, un rappeur qui chante en Wolof et qui vient de sortir son premier album, produit par le seul producteur sénégalais, Safouane Pendra. Ce dernier est également l'organisateur des Hip hop awards qui ont lieu chaque année à Dakar en novembre ou décembre.

Le milieu est très petit, tout le monde se connaît. J'y découvre une face du Sénégal (de l'Afrique?) qui m'échappait encore : la jalousie.  Soyons clairs, ces structures, mise à part "Optimiste", de Safouane Pendra, n'ont rien. Pas de moyens, mais beaucoup d'idées. Dès que l'un d'eux arrive à concrétiser quelque chose, il est tout de suite décrié par l'entourage. Ainsi, des dissensions sont-elles nées au sein même d'Africulturbain. Dernière en date, dans laquelle je me retrouve sans même le vouloir : la création d'un magazine d'opinion hiphop (ce qui n'existe pas ici). A l'origine, un projet porté par des membres de l'association. Puis, après avoir obtenus un financement, les initiateurs ont voulu quitter la structure qui, pourtant, leur apportait des locaux. Pourquoi? Du côté d'Africulturbain, l'argent a brûlé les doigts des monteurs du projet. Toujours est-il qu'en sept mois, le magazine en est au point zéro : pas de maquette, tout juste un logo et un rubricage. On me demande de filer un coup de main... ok, mais donnez des garanties quant au financement. Dénouement dans quelques jours.

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