Pérégrinations d'un journaliste

reportages et réflexions

20 octobre 2008

10000 deplaces depuis dix ans...

« Nous allons prendre un boda boda pour se rendre au camp. » Après le service a l'eglise de dimanche, Chris m’emmène dans un camp de déplacés. Cinq kilomètres de pistes de terre, à travers la forêt, au milieu des champs et des villages traditionnels : sur le chemin, des femmes avec leur enfant dans le dos, bidons d’eau, paniers et autres paquets en équilibre sur la tête, hommes sur ou à côté des vélos chargés de bois, de maniocs, enfants au milieu de la route en train de pousser un pneu avant de disparaître dans les champs de maïs. Bien souvent, on ne distingue que les toits de pailles des cases, les femmes en pagne bleus et jaunes s’affairent dans les champs autour, les jambes droites, penchees a la besogne, le derriere tendu vers le ciel. Nos boda boda zigzaguent entre les trous, les arbres et les flaques d’eau formées durant la nuit orageuse que nous avons eue.

Vingt minutes plus tard, nous laissons nos transports sur le bord de la route pour nous enfoncer entre les cases, baissant la tête pour ne pas s’écorcher les yeux aux extrémités des toits de chaume. « Il s’agit du camp d’Unyama », me présente Chris, « ce n’est pas un village, tous ces gens ont fui les leurs il y a dix ans maintenant ». Ils ont fuit la rébellion plus au Nord bien sûr, la peur au ventre d'etre non seulement tues, mais également de voir leurs enfants enrôlés de force dans les rangs de la LRA. « Environ 10000 personnes vivent ici. » Quelques enfants sortent la tete des cases en terre, ici un bras, une jambe et une tete dans l'encadrement de la porte. La, une femme en train de triller les grains de mais a l'ombre d'un arbre, encore des enfants, qui jouent, l'un nu appuye contre un piquet.

Qui a construit ces cases ? « Ce sont eux. » Contrairement à ce que je pensais, le gouvernement n’a pas versé un centime. Envisagent-ils, désormais que la paix semble revenue, retourner un jour dans leurs villages ? « Certains sont déjà rentrés dans les villages les plus proches que tu peux apercevoir au loin dans les collines. Petit à petit, ils rentrent », cela prendra du temps. Nous nous faufilons une bonne heure durant, à la rencontre des villageois intrigués par ce « Munu », blanc en Acholi, appareil photo en bandoulière.

Chris veut me faire manger dans un restaurant typique non loin du camp. Ferme. Nous rentrons sur Gulu, il connait un autre restaurant, evidemment. Pommes de terre douces, trempees dans une sauce marron epaisse et delicieuse (dont je n'ai pas encore compris le contenu), avec les doigts, bien sur. Il me promet que, mercredi, nous irons manger du rat.

Posté par Michael Pauron à 09:06 - Actualité - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

tout lu d'un coup !

Tes reportages sont toujours aussi riches de détails, couleurs, odeurs, ressentis ! Simplement vrais. C'est vraiment chouette. Pour ce qui est du rat, bon appétit bien sûr... mais je me fais peu d'illusion, je suis quasi sûre que tu vas aimer ;) Prends bien soin de toi pour la fin de ce séjour !

Posté par LN, 20 octobre 2008 à 15:46

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