Pérégrinations d'un journaliste

reportages et réflexions

04 octobre 2008

"Jesus sera bientot parmi nous"

protestantsKathy m’indique ce matin qu’on part a l'eglise vers 15h30. La ceremonie debute a 17h. Je déjeune avec elle et James Jr. L’occasion de parler sport : le football occupe une grande place en Ouganda. « Mais on ne supporte pas l’Ouganda, on supporte des équipes étrangères comme Madrid, Chelsea… ici tu ne verras pas de T-shirts à l’effigie du pays, on est trop mauvais ! », explique Kathy qui fût une grande supporter de foot.

Une douche, et nous partons pour la cérémonie protestante hebdomadaire, qu’elle m’a promis spectaculaire. Nous prenons un taxi, direction le centre ville. Kampala n’est pas très grand. Le taxi prend un detour pour eviter la circulation, l'entree est bouchee. L’artère principale s’appelle « Kampala Street ». Nous descendons un peu avant l’église, pour acheter une clé USB : 25000 shillings dans un petit magasin qui borde la route, au lieu de 70000 au Garden City… L’église est une salle des fêtes dans un bâtiment loué par Watoto. J’apprends ainsi que Watoto est non seulement une organisation protestante, mais, en outre, que le fondateur n’est autre que le reverend de cette église, Garry Skinner.

Kathy m’emmène au balcon, je pourrais ainsi avoir une vue d’ensemble. En bas, sur la scène digne d’une salle de concert, les musiciens prennent place et règlent leurs instruments : clavier électronique Roland, guitare électro-acoustique, basse, batterie, chorale, et trois chanteurs dont deux femmes. Il y a des jeux de lumières (violet, orange, bleu), et je remarque deux caméras qui filment la cérémonie retransmise sur un écran géant disposé en plein centre du mur de fond de scène. Nous sommes juste à côté de la régie. Une amie de Kathy nous rejoint. Elle s’appelle Maggy. « Ce serait intéressant que tu parles avec elle. C’est une orpheline, elle a été prise en charge par Watoto. » Lorsque les chants commencent, tout le monde se lève, et commence à frapper dans ses mains : je suis dans un show à l’américaine.

Le mouvement s’appelle KPC, Kampala Pentecostal Church. C’est clairement un mouvement évangéliste protestant. L’assemblée est très jeune : l’église est à deux pas de la plus grosse université d’Ouganda, Makerere University. Quelques étrangers « Muzungo » – blancs – sont dans l’assistance. Je descends prendre quelques clichés. Le prêtre « Muzungo » prend la parole et invite l’assistance à communier. Certains sont en transe. La musique est un mélange de pop anglo-saxonne et de gospel noir. Les paroles louent Dieu et son fils, Jésus. L’autel – une table – recouvert d’un drap blanc en dentelle est découvert : des plats en argent sont répartis entre plusieurs assistants, deux par personne. L’un contient du pain – le corps du Christ – et l’autre de petits verres de vin – le sang du Christ. Ils passent dans les rangees et chacun se sert. Je remonte et retourne m’asseoir auprès de Kathy et de Maggy.

Les plats arrivent vers nous. Kathy me les tend, je les passe à ma voisine sans me servir. Kathy insiste, je lui explique que ce ne serait pas honnête : non seulement je ne suis pas protestant mais catholique de culture, mais en plus je ne suis pas croyant. Ce que je ne savais pas, c’est que chacun échange son pain et son vin avec son voisin puis lui demande de quoi il a besoin, afin de prier pour lui. Kathy exécute cette procédure avec Maggy, et ma voisine de droite se tourne vers moi… je lis l’incompréhension sur son visage. Je suis totalement navré pour elle. « Ce n’est pas grave, me dit-elle, de quoi as-tu besoin que je puisse demander lors de ma prière ? » Je suis hébété : « De rien, je te remercie, tout va bien ! Encore désolé ! » « Vraiment ? » répond-elle d’un air étonné : « Oui vraiment, désolé, tout est ok ! » Kathy me demande le contenu de notre conversation, et se met à rire. « Mais tu pars dans le nord bientôt, tu pourrais lui demander de prier pour que tout se passe bien ! » Je me penche vers ma pieuse voisine, heureux d’avoir quelque chose à lui soumettre pour sa priere : « Je suis journaliste français, je pars bientôt faire des reportages dans le nord, peut-être pourrais-tu prier pour que mon voyage se passe bien ? » Je lis la reconnaissance sur son visage, enfin elle a une raison de prier pour quelqu’un d’autre que pour elle ! Elle se plonge immédiatement dans une profonde ferveur, les mains jointes, je peux presque lire sur ses lèvres : « Jésus, protégez Michael lors de son voyage, faites que tout soit ok » !

Skinner prend la parole, communie avec ses fidèles et chante. Il invite ensuite sur scène un groupe composé de quatre jeunes, God’s Image, une sorte de boy’s band au service de Dieu. Derrière leur prestation, une vidéo est diffusée : KPCNN, la télé du mouvement, diffuse toutes sortes de publicités pour les baptêmes, présente la conférence annuelle du mouvement qui a eu lieu la semaine dernière. Certains passages de discours habilement montés sont diffusés. A l’apparition de certains orateurs, dont une australienne apparemment réputée, Darlene Zschech, l’assistance acclame. Le film terminé, le prêtre Muzungu présente « son grand ami », le révérend Simon Emiau. Selon la presse nationale, qui relate aujourd’hui la conférence tenue la semaine dernière par le KPC, il s’agit du président par intérim des églises « Pentecostal » d’Afrique.

Si je ne comprends pas tout – il parle très vite – je saisis toute la puissance de ses mots dans ses intonations et remarque qu’il s’arrête un moment sur l’économie mondiale. « Nouvel ordre mondiale », « puissances coloniales », « Israël », autant de préceptes et de mots qui m’interpellent et que j’ai peur de mal interpréter. Avec Kathy, nous décidons d’aller manger quelques Samossas après la cérémonie et de revenir sur son prêche afin que je saisisse bien le sens. Son discours dure une bonne heure et se termine, une fois de plus, par une chanson. Le public est conquis. Ma voisine de gauche, dont j’ai oublié de demander le prénom, prend des notes, ainsi que la personne devant moi. Le révérend ponctue ses arguments par des références à la bible et je saisis néanmoins ceci avec certitude : « Jésus va revenir sur terre et établir un nouvel ordre mondial. »

L'office se termine vers 19h. Ainsi, voici en substance, après une explication de texte par Kathy, le résumé de son prêche : les puissances européennes et nord américaine veulent imposer un monde unique avec un représentant unique, une économie unique, des règles uniques. C’est déjà ce qu’elles ont tenté de faire à travers le colonialisme, elles ont échouées. Selon le révérend, qui se base sur les textes de la bible (diffusés en même temps sur l’écran géant), ce n’est pas a eux de décider comment doit fonctionner le monde, mais à Jésus, qui sera bientôt de retour parmi nous. Au même titre qu’il invite à soutenir Israël, puisqu’il s’agit de la terre qui a vu naître le Christ et donc le berceau du Christianisme (Kathy me précise qu’il ne s’agit pas de soutenir la politique du gouvernement israelien, mais bien la terre dénommée Israël, sous entendu contre l’expansion de l’islam radical…). Ainsi, je pose une question à Kathy : « Mais actuellement, les pays africains souhaitent mettre en place une Union africaine, et ce ne sont pas les puissances occidentales qui le veulent ? » Sa réponse est sans ambages : « Les dirigeants qui veulent créer une union de tous les pays africains sont inspirés par les puissances occidentales. Et, pour ces derniers, ce sera plus facile d’imposer des règles uniques dans une fédération qu’à une somme de pays… c'est exactement ce que font vos dirigeants avec l'Europe. » Il y aurait donc un complot mondial pour établir un monde uniforme, dont les règles seraient imposées par les dirigeants des nations occidentales...

Posté par Michael Pauron à 23:50 - Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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